Par Abdelkader GHELLAL
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L’écrire a toujours été, pour moi, une manière d’ouvrir des brèches dans le silence, de dire ce que les discours officiels gomment, de porter les voix tues au cœur du langage. Ce roman est né d’un sentiment d’urgence : l’urgence de ne plus céder aux consensualités qui défigurent les complexités, l’urgence de faire entendre les mots dans leur nudité, leur cri, leur fièvre. "Ce que la poussière ne dit pas" est un texte hybride. Il chemine entre prose poétique, méditation politique, fiction romanesque et témoignage intime. Il convoque les auteurs qui m’ont formé — Ponge, Yourcenar, Baudelaire, Camus, Darwich, Kabbani — et les spectres qui peuplent notre mémoire collective : exil, identité, oppression, religion instrumentalisée, liberté amputée.
L’écrire, ici, est une résistance. Mais aussi un hommage. À ceux qui, dans l’ombre, lisent encore. Pensent encore. Aiment encore.
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Abdelkader GHELLAL est romancier. Son œuvre explore les profondeurs de l’existence humaine, les blessures de la mémoire, les interrogations identitaires et les destins individuels confrontés aux bouleversements de leur époque.
À travers ses romans, il porte une attention particulière aux voix intimes, aux silences qui traversent les êtres et aux traces laissées par l’histoire dans les parcours personnels. Son écriture, à la fois sensible et réflexive, s’attache à dévoiler la complexité des sentiments humains, les fragilités, les choix et les espérances qui façonnent les vies.
Auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Ma destinée était écrite quelque part, Je m’en vais, L’appartement K et Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !, Abdelkader GHELLAL poursuit un chemin littéraire marqué par une recherche constante autour de la mémoire, de la condition humaine et de la quête de sens.
Son nouveau roman, Le goût du silence, paraîtra en septembre aux Éditions Maïa. Cette œuvre s’inscrit dans la continuité d’un univers romanesque où l’intime rejoint l’universel, où les silences révèlent parfois ce que les mots ne peuvent exprimer.
Parallèlement à son travail de création littéraire, Abdelkader GHELLAL s’intéresse aux liens entre littérature, société et expression humaine, dans une démarche où la fiction devient un espace de réflexion sur notre époque.

Il est des livres qui n’appartiennent à aucun genre mais qui bousculent tous les genres. Ce que la poussière ne dit pas est de ceux-là. Roman sans complaisance, poème sans enjolivement, fresque d’un pays à l’âme fracturée. Abdelkader Ghellal donne ici un texte d’une rare intensité littéraire et politique. En creusant la langue à la manière de Francis Ponge, il en dénude la chair pour mieux en faire jaillir la vérité, non celle des idéologies mais celle, nue, de l’intime et du collectif. Selma, héroïne lumineuse, se dresse face à l’obscur, incarne les fractures de l’Algérie contemporaine : sa violence symbolique, sa censure religieuse, son rapport trouble à la langue et à l’héritage colonial. Le roman dit ce que les discours officiels taisent. Il expose les mécanismes du pouvoir sans jamais tomber dans le pamphlet. Il s’élève, à chaque page, par une écriture soignée, précieuse, sans être précieuse. Une écriture qui accuse sans désigner, qui propose sans dogme, qui libère par le doute. Loin d’être un livre régional ou circonstancié, il est une œuvre-monde, dont les échos dialoguent avec Damas, Alger, Oran, Paris, Beyrouth, Palikao. Et dont la résonance dépasse les frontières visibles et invisibles. Ce roman dérange, questionne, blesse parfois. Mais surtout, il résiste. Et cela suffit à lui conférer une nécessité.
Selma, belle et rebelle, incarne la fracture d’un temps et d’un lieu, celle d’une jeunesse qui refuse d’être sacrifiée sur l’autel d’un pouvoir sourd. Elle est la voix qui tranche, la plume qui dénonce, l’âme qui lutte — même si ce combat la condamne à être seule, à porter le poids d’un héritage douloureux, à marcher sur un fil tendu entre l’espoir et la désillusion.
Selma s’assoit à son bureau, un éclat d’hiver s’immisçant par la fenêtre. Les papiers s’entassent, témoignages figés de batailles juridiques, mais son esprit dérive, se perd dans les méandres de l’enfance algérienne que son père lui a contée. Ce père, érudit des langues et des lettres, amoureux inlassable de Molière, de Flaubert et de Baudelaire, dont la voix profonde lui offrait des refuges dans un monde souvent hostile.
Il lui répétait : « La langue, ma fille, n’est pas seulement un instrument, c’est un butin de guerre. Nos ancêtres se sont battus pour elle, et toi, tu dois en faire une arme de liberté. » Mais il y avait plus, un paradoxe amer : parce qu’il maîtrisait cette langue étrangère, il était souvent regardé comme un mécréant, un exilé même parmi les siens. Selma, sa fille, héritière de cette double condamnation, portait en elle ce stigmate.
Elle repense à la nuit où, sous les étoiles blafardes d’Oran, les ombres de la répression politique s’étaient abattues sur ceux qui osaient lever la voix. La liberté d’expression, un mot vidé de son sens, étouffé par des mains invisibles mais implacables. Les tyrans, les « maîtres des marionnettes », aux noms brouillés, orchestrent depuis leurs trônes l’oubli et la peur. Leurs discours, vides et pernicieux, brandissent la foi comme un bouclier et la peur comme une épée.
Selma se lève, marche lentement, ses pensées s’enchaînent : « Comment comprendre un pays où la mémoire est une arme à double tranchant ? Où l’on s’acharne à nier ses racines berbères, préférant les masques de l’arabité imposée, oubliant que les fondations sont tamazighes ? » Elle se souvient de Kateb Yacine, qui appelait la langue française un butin de guerre, un legs contesté et précieux. Son père lui répondait souvent : « L’arabe est un butin d’histoire, chargé de conflits et de silences. »
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