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Avec « Bande de Jeunes », je propose un roman initiatique ancré dans les années 90, nourri de mon expérience musicale, mes souvenirs d’adolescence et mon passage par le service militaire. Le récit est traversé par l’énergie de cette décennie, qui agit comme une toile de fond vivante et sensorielle.
Les thèmes principaux de ce livre sont la brièveté de l’existence et l’amitié indéfectible entre adolescents.
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Né en 1974, Yoan Anto, est auteur-compositeur et guitariste. Il a publié « Souvenirs Indiens », un récit de voyage, ainsi qu’un recueil de nouvelles : « La joie des jours qui filent », en 2025.
Dans les années 90, Jimi revient de son service militaire pour un week-end. Guitariste dans un groupe de rock formé avec ses amis, il retrouve un monde qu’il croyait intact : les répétitions, les nuits d’excès, les rêves de musique et Zoé, son amour de jeunesse.
Mais quelque chose a changé.
Autour de lui le groupe vacille, les tensions montent, et cette jeunesse qu’il croyait éternelle semble déjà lui échapper.
De retour à la caserne il déserte et entame une fuite où musique, amitié et amour se heurtent à un passé familial impossible — jusqu’à un choix qui scellera la fin de sa jeunesse.

Juste avant de mourir un éclair blanc déchira le ciel torturé de sa conscience, à la vitesse de la lumière. Avant que son cerveau finisse broyé, en marmelade, de la taille d’une orange pressée. Une toute dernière réflexion, comme pour prouver que la vie ne capitule jamais. Pas une révélation, non. Pas un long couloir blanc. Juste un constat, amer.
Tandis que des milliers de souvenirs défilaient en accéléré derrière ses paupières closes, en une microseconde – enfance, seins doux de sa mère qui l’attendait là-bas, premiers pas, découverte du Monde, rêves, déceptions, bastons mémorables, gueules de bois, baises sous les étoiles – un flash aussi lumineux qu’une supernova fit disjoncter ses neurones, stoppant net la machine infernale. Une image floue émergea des abysses de son inconscient, flottant à la surface de ses pupilles vertes. Polaroïd fantomatique, à peine développé, qui se précisait peu à peu.
Quatre jeunes hommes en sueur, plantés sous la lumière crue des projecteurs. Instruments de musique à la main, sourire scotché aux lèvres. Concentrés, habités. Avec la certitude insolente qu’ils survivraient de nouveau à la nuit et que le lendemain le soleil renaîtra de ses cendres, spécialement pour eux. Comme tous les autres jours.
Quatre hommes
Jeunes
Unis en cette seconde
Pour une éternité.
Impossible de résister. Jimi se pencha vers elle, elle vers lui et ils s’embrassèrent longuement. Ça faisait drôle de sentir à nouveau sa bouche soudée contre celle de Zoé, comme avant. Tandis que leurs langues s’emmêlaient, le jeune homme ne pouvait s’empêcher de penser au train qui l’attendait non loin de là pour le ramener vers le nord, le froid, les ordres imbéciles, que dans soixante-douze minutes exactement il partirait pour des semaines, loin de chez lui, loin de chez elle. Et ce moment si intense qui emplissait tout son être d’une lumière chaude ne serait plus qu’un souvenir vite effacé, comme si tout cela n’avait jamais existé. Le compte à rebours défilait dans sa tête, inexorable. Tic-tac tic-tac tic-tac.
À l’intérieur du bar, c’était la guerre. Enveloppées dans l’épais nuage de fumée de cigarettes, plusieurs bandes rivales s'affrontaient. Seul point commun : la rage. En se battant les uns contre les autres, les jeunes hommes cédaient au besoin viscéral de prouver leur force et leur courage. Avant eux au même âge, des centaines de générations avaient fait de même, conquérant des territoires ou déclenchant des guerres. Des haut-parleurs hargneux jaillissait un riff de guitare acéré ; malgré la panique Jimi eut le temps de reconnaitre « Welcome to the jungle » des Gun’s & Roses. Dans un mouvement fluide et circulaire, le barman saisit une batte de baseball planquée derrière le bar et la fracassa sur la crête violette d’un punk, tel un marteau enfonçant un énorme clou. Sauf qu’ici le clou était vivant, et hurlait des insanités. La batte, après avoir aplati la crête mauve, toucha le crâne de plein fouet dans un craquement de branche sèche brisée en deux. Le punk bascula en arrière et traversa la vitrine, qui explosa dans un rugissement sourd. Il s’écrasa dos contre le trottoir, au milieu de débris de verre pilé.
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