Par Yves FOURNIE
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Ce texte se distingue par une originalité rare. Il met en lumière les paradoxes profonds qui traversent notre société : nos concitoyens appréhendent avec un mode de compréhension affective les enjeux sociaux, économiques, politiques et civilisationnels qui les détourne de la rationalité. Ce faisant, sous le couvert de leurs convictions, ils défendent la mise en œuvre de moyens qui conduit à une finalité inverse à celle recherchée. ! Quel paradoxe, ils sont la cause de leur propre colère !
S’indigner de l’endettement public, qui fait de chaque contribuable, l’otage des puissances financières, exige avant tout d’interroger les fondements mêmes de nos croyances politiques et les prismes à travers lesquels nous concevons l’économie.
De la même manière, appréhender la profondeur et la richesse du christianisme, dans un monde en pleine métamorphose civilisationnelle, suppose une compréhension éclairée et comparative de l’islam, considéré dans ses dimensions, spirituelle, juridique et sociale.
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Yves FOURNIE est avocat et essayiste. Passionné par les multiples formes du génie humain, il s’intéresse aux intersections entre pensée politique, économie et spiritualité.
Dans la continuité de son premier ouvrage, La Droite pour le Revenu universel, il propose une analyse des paradoxes inhérents à nos modes de raisonnement et à nos systèmes de croyances contemporains. Son dernier essai se conclut sur une mise en perspective des valeurs fondamentales du christianisme et de l’islam, dans le contexte d’une Europe en pleine transformation culturelle et spirituelle.
Le titre de l’essai est la parfaite illustration de son contenu.
Les thèmes abordés sont :
Psychologie collective et langage politique.
La perception du monde politique… les notions de droite et de gauche
Le paradoxe du principe moral ou le grand malentendu
Les revendications de gauche et leurs paradoxes économiques
La dette publique : la lente euthanasie du mérite
La propriété invisible
Acceptation et Tolérance
Culture et civilisation
La dynamique des civilisations : horizontalité ou verticalité de la pensée
La règle du décalage chronologique
La relation à Dieu
Le Christianisme et la richesse de ses dogmes
L’islam

La France, en laïcisant sa morale, a voulu universaliser des principes nés de sa propre tradition chrétienne. Elle a confondu l’universalité du droit avec l’uniformité des consciences. C’est là son paradoxe tragique : la tolérance est devenue un absolu dont on a exposé toute la perversité.
À mesure que s’efface la transcendance religieuse chrétienne, le société Française cherche un substitut qui intègre le paradigme civilisationnel musulman émergeant. Les politiques se chargent de signifier sous le couvert d’une morale de l’accueil, ce que recouvrerait un islam à la Française, alors qu’il n’existe qu’un seul islam. Les médias publics fomentent une vérité subjective qui fait fi de notre tradition civilisationnelle. Le résultat est une confusion des ordres.
Ces vérités de substitution portées par la laïcité dans l’expression de principes universels, sont devenues des illusions politiques, car paradoxalement, elles ne peuvent exister que par la transpiration des principes contenues dans la religion qu’elles écartent.
Elles sont censées permettre au corps social de se maintenir malgré la perte du sacré. Or quand la perte du sacré s’inscrit dans la durée, la transpiration laïque contenue dans les principes religieux étiolent les principes laïques universels sur lesquels le nouvel ordre moral a voulu fonder sa morale.
Or, la paix civile ne repose pas sur la neutralité totale des valeurs. Même si nous leur offrons notre compassion, et une forme de liberté, la population musulmane doit adopter notre tradition civilisationnelle à défaut de pouvoir fondre la leur, dans la nôtre.
La propagande sociale se sert du mensonge et du consensus fondée sur des vérités subjectives et de la réfutation de notre histoire existentielle. Elle cherche à s’imposer soit par la terreur, ou le confort moral de ne pas voir ce qui se trame devant nous.
Ce régime de ce que doit être ce nouveau consentement, use du prestige médiatique, de la morale imposée, du réflexe compassionnel. La répétition des formules confère à celui qui les profère une légitimité d’autant plus forte qu’elle paraît spontanée et s’appuie sur des vérités subjectives et allégations refuges. Celui qui doute devient aussitôt suspect de complotiste, de fascisme et manière plus large, d’hérétique.
Notre société a déjà dépassé ce despotisme doux en ce que l’intimidation quotidienne devient le berceau d’un nouvel ordre que la plupart refuse dans leur for intérieur.
Nous savons que notre société va connaitre une mutation civilisationnelle de premier rang. "C'est tout simplement mathématique".
Le jeu des migrations politiques, économiques, et météorologiques va emporter un remaniement complet des populations et de fait, des substrats moraux qui structurent notre vie en société. La pensée humaniste va s’en trouver impacter dans de très grandes proportions.
Nous vivions donc le temps d'une mort annoncée, celle de notre civilisation humaniste.
Nous laissons aussi glisser notre société dans un format collectiviste où l'appréhension de l'intérêt du peuple est considérée de manière objective et distancielle de l’intérêt des individualités. Nous ouvrons la porte à un fascisme de gauche en hurlant au loup sous le couvert de l’émergence d’une droite nationaliste ou/et souverainiste.
En criant au loup, nous ouvrons la porte du tigre qui va nous dévorer.
L’islam politique répond à ce projet politique soutenu par La France insoumise.
Faire l’homme à Son image, c’est lui donner une transcendance intérieure, la possibilité de s’élever, de se créer lui-même à la mesure de Dieu. L’homme n’est plus simple créature : il devient créateur à son tour. Par ce don, Dieu confère à l’humanité une charge redoutable : la liberté.
De ce lien filial entre Dieu et l’homme naît le plus haut des commandements : l’amour. C’est un lien d’origine et de dépassement, un lien nourricier mais aussi libérateur : tel un père laissant son enfant devenir adulte, Dieu émancipe l’homme, le rend à sa propre responsabilité. Cette liberté, toutefois, suppose la capacité de choisir — entre le bien et le mal, entre la lumière et l’ombre.
Ainsi, le chrétien ne se contente pas d’obéir : il devient. Le texte, loin d’enfermer, libère ; il inspire plutôt qu’il commande. Cette dimension créatrice, offerte à chaque âme, fonde la singularité du message chrétien et explique l’enracinement de son influence dans l’histoire humaine.
Ainsi, en gravant la culpabilité dans le cœur des hommes, le christianisme a instauré une discipline intime : un gouvernement des âmes où la morale subsiste, même là où la faute demeure secrète.
7-La charité au‑dessus de la loi : la révolution du christianisme
Aucune parole du Christ n’a autant bouleversé le monde antique que celle‑ci :
« Aime ton prochain comme toi‑même. » (Matthieu 22 : 39)
Cette mutation n’est pas simple adoucissement : c’est une révolution anthropologique. Elle fait passer l’homme de la soumission à la responsabilité, de la peur à la conscience. Le cœur devient le lieu du droit
la charité brise la chaîne de la réciprocité de la violence, et fonde la nouveauté du monde.
8-L’amour devient un principe métaphysique
Dans la théologie chrétienne, l’amour n’est pas un sentiment : il est une puissance ontologique. « Dieu est amour », dit la Première Épître de Jean, non par métaphore mais par définition. Aimer, c’est participer à la nature même de Dieu ; c’est continuer l’acte créateur.
Par cet unique déplacement, le christianisme introduit dans l’histoire la possibilité d’un humanisme fondé sur la ressemblance et non sur la hiérarchie. C’est une idée fondamentale qu’il faut conserver à l’esprit. Tous les hommes deviennent frères non pas parce qu’ils se ressemblent par naissance, mais parce qu’ils sont également aimés de Dieu. L’égalité y est spirituelle avant d’être politique.
L’un des traits essentiels de la pensée islamique est sa distinction entre l’esprit (rûḥ) et l’âme (nafs). Cette nuance, qui pourrait sembler grammaticale, or, elle engage toute la conception de l’homme, du divin et de la liberté.
le Coran insiste sur la séparation absolue entre le Créateur et sa créature. La ressemblance est fonctionnelle, non substantielle. L’homme est porteur d’un souffle, mais ce souffle ne fait pas de lui un être participant de Dieu.
Il reste abd, c’est‑à‑dire serviteur, et non imago Dei.
Cette distinction dévoile déjà l’économie morale de l’islam : toute puissance de l’homme vient d’un prêt, non d’un héritage. Dieu demeure seul éternellement créateur ; l’homme n’est qu’un dépositaire provisoire, appelé à la reconnaissance. C’est pourquoi l’islam se méfie du libre arbitre conçu comme autonomie : la liberté authentique n’est pas celle de s’affranchir de Dieu, mais de consentir à son ordre.
Le mystique islamique s’avance donc vers Dieu en « effaçant le moi » (fanâ’), tandis que le mystique chrétien s’en approche en devenant fils. L’un s’annule, l’autre s’élève. L’un s’abandonne, l’autre assume.
C’est cet écart qui fonde deux humanismes incompatibles : l’humanisme de la soumission contre l’humanisme de la liberté.
En d’autres mots : l’islam n’a pas conçu le péché comme rupture avec Dieu, mais comme désobéissance. Dès lors, la rédemption ne passe pas par la transformation intérieure, mais par le retour à la soumission
Une des subtilités les plus vertigineuses de la théologie islamique réside dans la distinction entre kasb — l’acquisition” — et iktisâb, l’“acquisition pour soi”. De prime abord, ces deux termes semblent synonymes ; ils désignent pourtant deux rapports radicalement différents de l’homme à son acte.
L’homme est responsable non de ce qu’il fait, mais du degré de soumission qu’il manifeste.
De cette logique découle une conséquence capitale : l’amour désintéressé de l’autre – et singulièrement de l’infidèle – trouve difficilement place. Aimer un non‑croyant pour soi, par pure amitié humaine, relèverait de l’iktisâb, un acte condamnable : un attachement qui n’a pas Dieu pour motif.

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