Par Franck D'ASCANIO
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Une femme brillante et un violoniste virtuose. Un couple hors normes dont les tribulations sentimentales vont entraîner les protagonistes dans une étrange relation triangulaire ponctuée par une éclipse. Mais il y a bien des façons de s'éclipser.
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Je suis metteur en scène, professeur d'art dramatique et auteur de plusieurs pièces de théâtre dont "Géométrie du triangle isocèle".

Prélude à l'éclipse est un récit fictif qui met en scène un violoniste virtuose (le narrateur) partagé entre sa carrière et la vie tumultueuse de son couple. Elle (Lola) est une femme indépendante dont les tribulations sentimentales vont entraîner les protagonistes dans une étrange relation triangulaire. Le portrait d'une femme brillante, à l'estime de soi démesurée et qui n'a jamais connu d'échec dans aucun domaine. Comment vivra-t-elle ce premier échec ?
De temps en temps, le dimanche, Georges et son frère nous invitaient à déjeuner. Facile ! on n'avait que la rue à traverser. Pour entrer chez Victor, on pousse une grille et on marche le long d'une allée bordée de poiriers. La maison est petite, plus haute que large et bancale. C'est pas une illusion d'optique, la baraque, elle penche... vraiment. Suite à un affaissement de terrain, elle s'est inclinée. En toute bonne logique, elle aurait dû s'écrouler... mais non, ça tient bon. Les murs sont bien un peu lézardés mais, dans l'ensemble, ça tient. Georges disait que c'était pas grave, qu'elle irait pas plus loin. A l'intérieur, ça gîte, comme sur un bateau, l'air du large en moins. Pour aller du placard à l'évier, faut grimper. Dans les chambres, on a aligné les lits dans le sens de la pente, les pieds en haut, la tête en bas. C'est plus sain. Dans cette maison, faut pas que les objets soient trop ronds, sinon ça roule. A table, faut caler son assiette avec son pain, sinon la sauce passe par-dessus bord. Victor avait bien essayé de lui raccourcir deux pieds, à la table, mais il en avait trop coupé et ça penchait dans l'autre sens. Obligé de raboter les deux autres et ça tombait toujours pas juste. Il avait renoncé avant d'avoir une table basse. Depuis, plus question de couper quoi que ce soit. On cale les assiettes, un point c'est tout.
Ce qu'on nous servait, à la tour de Pise... ça, on aimait moins. Lola avait des réticences. C'est Georges qui cuisinait. Il prétendait détenir la recette infaillible : le gras-double. En général, y en avait. Pas tout le temps, mais souvent. Le gras-double des frères Graillou, ça fatigue, ça écœure. Rien qu’à l'odeur... ça se pressentait fastidieux, ça se révélait dissuasif. Et, bien sûr, au dessert, y avait des poires. Chaque fois, sans exception. De toutes les façons : au vin, sur une tarte ou en charlotte. Ça encore... on appréciait le dérangement. Le désagrément, c'est que les poires étaient blettes... toujours, invariablement. Si on leur demandait pourquoi, vu l'abondance, ils disaient qu'il fallait d'abord manger celles-là, que rien ne devait se perdre. Le problème, c'est que le temps de manger les poires avancées, les suivantes étaient blettes. Et ainsi de suite. Pareil pour le pain dur. Et voilà comment ces deux-là retrouvaient indéfiniment dans leurs assiettes le même croûton et la même poire faisandée. Et nous aussi, à l'occasion. Pas moyen d'y échapper. Georges justifiait que c'était de famille... la tradition, le poids de l'éducation. Quand le père avait dit quelque chose, on exécutait, on discutait pas. On bouffait les poires blettes et le pain dur. Parce que c'était comme ça. Voilà !
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